Pour sa rentrée automnale, l’Espace Imaginaid présente Terres Compromises de Matthieu Gafsou. Un voyage énigmatique en Terres promises, loin des images traditionnelles de conflit, mais où l’architecture parle d’elle-même.
Un regard formel et sociologique
Au coeur du conflit Israélo-Palestinien se trouve la question du territoire et de son annexion dans des colonies. Même si leur existence est archi médiatisée, ces implantations – au même titre que le territoire israélien – sont méconnues et ne renvoient pas à des images. Au cours d’un voyage, entre octobre et novembre 2010, le photographe franco-suisse Matthieu Gafsou a posé son regard sur ces villes bien souvent bâties comme des forteresses. Son regard à la fois formel et sociologique, non militant, dépassionné, dresse un portrait ambigu d’Israël et des colonies, évitant l’écueil du discours trop orienté a priori par des positions idéologiques. Du désert au forteresses blanches, de la Mer morte à Jerusalem, ses images nous plongent dans le territoire de l’absurde, invitant à la contemplation et au questionnement, loin des stéréotypes qui usuellement participent de la description de la région.
L’horizon sacré des apparences
Il y a des aspirations baudrillardiennes chez un Matthieu Gafsou. Ses photographies de paysages architecturés nous laissent devant une étrange impression d’une fausse existence, d’un inachèvement structurel mais au pouvoir symbolique puissant, bref un simulacre d’habitations faudrait-il dire. Rendu de son art ou nature intrinsèque de l’objet, les deux à la fois sans doute. Après Surfaces, précédent travail mené en Tunisie en 2009, dans l’intimité de ces nouveaux quartiers périphériques, constructions fantômatiques quasi théâtrales, en attente godotienne de vie et de culture, dont on ne sait si elles viendront un jour, Matthieu Gafsou retourne sur ses propres terres promises. Le pays change, le sujet reste le même. Le photographe est fasciné par les façons dont les hommes peuvent parfois rendre en lieu habitable, le grand néant qu’est le désert, un Léviathan de sable qui n’attend rien d’autre que l’oubli (M.G). Entre désir d’ancrage et politique d’occupation des sols imposée, ici comme là-bas, le mirage semble pourtant le même. Les bâtisses jaillissent des terres arides et inhospitalières, mais les empreintes sociales et culturelles, l’essence et le ciment d’un vrai lieu, paraissent s’enfoncer dans les sables mouvants de l’illusion et de l’absurde.
Illusion de la réalité ou réalité de l’illusion, d’autant que le réel passe dans le prisme photographique, qui naturellement déforme et limite l’objectivité du discours. C’est pourquoi Matthieu Gafsou n’est pas homme à juger, bien au contraire. Il préfère nous plonger dans cet horizon sacré des apparences, si cher à Baudrillard, y cultiver une beauté énigmatique sans chercher à expliquer ni à convaincre. Ce n’est pas au photographe que de dire la vérité. Il dira d’ailleurs qu’il a abordé Israël et la Palestine comme des questions auxquelles il ne faudrait pas donner de réponse. Raison sans doute pour laquelle, Matthieu Gafsou accompagne toujours son travail visuel de textes, écrits avec grand art de la prose, tel un écrivain de lumière (Baudrillard). Les textes selon Matthieu G. ne doivent pas être l’évangile d’un discours, mais venir polir la surface d’une photographie inapte à capter l’entièreté du réel, toujours ambigu, traître et donc attrayante (M.G).
Vernissage, le mardi 20 septembre dès 18h30
Exposition du 20.09 au 12.12 2011
Communiqué de presse à télécharger en format pdf ou doc
Bio du photographe
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L’exposition peut se réaliser grâce au soutien de la Fondation Engelberts pour les Arts et la Culture.
Photographies : Matthieu Gafsou, Terres Compromises, 2010

