Evenement

 
 

La patronne avait donné une liste de mots: « oui, merci, bonjour et au revoir. » C’était les seuls qu’Aina, 18 ans, avait le droit de prononcer. La journée commençait à 6 heures: préparer le petit déjeuner pour les deux enfants de la famille, puis repassage, aspirateur, lessive, vaisselle, jardinage, cuisine… Jusqu’à minuit. Aina mangeait dans une assiette « à part » les restes du repas de la famille. Elle dormait sur le carrelage de la salle de bains. Aina avait quitté Tananarive, capitale de Madagascar, sur une promesse: « un travail, de l’argent pour envoyer à ma famille, la possibilité de poursuivre mes études. » Prisonnière pendant deux ans, agressée, menacée, elle n’a touché aucun salaire. Une voisine a finalement remarqué dans le jardin cette « jeune fille maigre qui ne parlait pas ». Elle lui a donné de la crème pour soigner ses mains déformées par les crevasses. Elle a appelé le CCEM. Aujourd’hui, Aina est aide-soignante en région parisienne. Ses « employeurs » ont été condamnés à six mois de prison avec sursis, et 4500 euros d’amende.

Aina’s employer gave her a list of words: “Yes, thank you, hello and good-bye.” These were the only words that Aina, then aged 18, had the right to say. Her day began at 6am: preparing breakfast for the family’s two children, then ironing, vacuuming, laundry, washing up, gardening and cooking. Her day ended at midnight. Aina ate the family’s leftover food from a separate plate; she slept on the tiles of the bathroom floor. Aina left Antananarivo, the capital of Madagascar, on a promise: “A job, money to send back to my family, the chance to continue with my studies.” Held prisoner for two years, she was beaten, threatened and never paid. A neighbour finally noticed this “young, thin girl who didn’t speak” in the garden. She gave her some cream to help her hands deformed by cracks and called the CCEM, the Committee Against Modern Slavery. Today, Aina works as a nurse near Paris; her employers were given a six-month suspended prison sentence and fined €4,500.

Textes: Ondine Millot
Photographie ci-dessous: Raphaël Dallaporta

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